Cas concret
Entre éthique et boutiques, les eco-geeks tissent la toile de l'éco-design
Loin de l'atmosphère studieuse des bureaux d'étude où la performance environnementale se jauge à coup de normes, d'indicateurs et de graphiques, le web en offre un visage beaucoup plus ludique. Visite guidée.
Ils sont designers, stylistes, jeunes pousses des écoles de commerce ou managers désabusés et ne jurent que par le développement durable. Souvent jeunes, capables de jouer sur tous les registres, du rigorisme à l'hédonisme, ils cultivent avec la même aisance la tchatche du commercial et la dialectique du militant. Entre blogs, webmagazines, boutiques en ligne et vitrines multimédia, aucune hiérarchie ! L'échange de liens, les citations, la publication, la promotion, tout marche au feeling... Business is buzziness !
Blog et plus si affinité
Dans ce sympathique désordre, pourtant, chacun a sa spécialité. C'est dans la blogosphère où la mise de départ est minime - du temps, de la matière grise et, au pire, un abonnement de quelques dizaines d'euros - que l'activité est la plus fébrile.
A l'affût des nouveautés sur le marché des idées comme des objets, les blogueurs sont les éclaireurs. Concepts, expos, colloques ou apéros thématiques, designer en vue ou produit inédit.. Rien ne leur échappe. Sauf, peut-être, la notion d'éco-conception que la plupart ont banni de leur vocabulaire au profit de l'éco-design... En insistant bien sur les deux parties du mot pour souligner sa dimension 'éthique' dans les achats, la consommation et le commerce.
On repère vite les quelques francs tireurs, blogueurs au sens strict. A commencer par Jeanne Ceyrac et Cécile Guyen, deux étudiantes en Commerce et Management qui font exception avec leur Eco-conception's Weblog ecoconception.wordpress.com/ très pointu, édité dans une logique surtout didactique. Pour preuve, les derniers post publiés en janvier 2008 portant sur la norme ISO 14062 ou les 'obstacles au développement de l'éco-conception.'
La plupart des autres blogs s'embarrassent moins de théorie. Parmi ces 'eco-geeks' curieux surtout des nouvelles tendances de consommation, on remarque Isabelle Delannoy, journaliste de son état et chroniqueuse d'Eco-Echos www.eco-echos.com, la consultante Alice Audoin, qui publie sous son nom www.aliceaudouin-blog.com et surtout
l'étonnant 'Zèbre et Girafe' zebreetgirafe.designblog.fr du designer aixois Cédric Fages. Celui-ci expose, par ailleurs, avec son confrère Samuel Fricaud, ses projets dédiés à l'éco-design sur le site 'Par les sens' parlessens.com. Un autre binôme, celui formé par Gérald Maradan et Thierry Fornas, deux anciens d'HEC, partage également cette préoccupation sur le blog Eco-Act eco-act.typepad.com de la société de conseil qu'ils ont créée. Enfin, il faut saluer la génération montante qui, hors du ghetto bobo, 'kiffe grave' l'éco-design sur le blog 'cho-room eco-design' cho-room.skyrock.com. Son auteur qui 'fabrique des meubles en carton' y expose sa passion et ses doutes pour 's'améliorer'. Avec l'ambition de 'bientôt se mettre à mon compte'.
Des labels à profusion
Une étude publiée conjointement en 2004 par l'ADEME et l'IFTH recensait une soixantaine de labels pour les produits textiles, principalement pour l'habillement. Certains sont issus d'organismes nationaux ou supranationaux, d'organismes certificateurs, d'autres liés à des ONG, des regroupements d'entreprises voire des entreprises seules...
Pionnier dans ce domaine, et principale référence, l'Oeko-tex Standard 100 et son label 'Confiance Textile' certifie, depuis 1992, l'absence ou la teneur réduite de substances indésirables. Ses contrôles sont classés en quatre niveaux d'exigences croissantes en fonction du contact avec la peau.
Bien qu'elle s'adresse aux fabricants de tissus, avec sa Classe IV, dédiée aux matières de décoration et d'ameublement, cette certification ne compte qu'une quarantaine d'entreprises titulaires d'un certificat. Même si l'on y ajoute les ennoblisseurs de tissus ameublement, cette filière ne représente qu'une minorité parmi les quelques 7000 entreprises certifiées selon l'Oeko-tex Standard 100.
Un constat que déplore Valérie Caillez, responsable communication de l'Institut Français du Textile et de l'Habillement (IFTH) : 'La reconnaissance de ce label progresse assurément, surtout dans l'habillement, où il répond aux préoccupations sanitaires des professionnels.'
Jouer collectif
Mais le blog en solitaire est une discipline austère que certains préfèrent pratiquer en équipe. L'éco-conception y a parfois droit de cité, parmi d'autres thèmes, comme dans le blog Environnemental blog.environnemental.info, plutôt frustre dans le fond et la forme, ou celui plus attractif, intitulé Greenbay www.greenbay.fr. Du blog collectif au portail d'information participative, il n'y a pas loin. Quelques associations et entreprises de communication l'ont franchi en misant sur ces thèmes en vogue. Ainsi, l'éco-design inspire régulièrement les rédacteurs 'amateurs' qui apportent leur contribution à Oliceo www.oliceo.fr, à ecoloPop.info, d'aspect un peu brouillon, ou à naturavox.fr, la version écologiste du portail généraliste agoravox.fr. Plus professionnel, le magazine en ligne Doukyo.com imaginé par la journaliste de mode Céline Vautard, décline l'éco-conception dans son domaine de prédilection. Il est concurrencé par des webzines plus ambitieux et plus généralistes comme Terra Economica, www.terra-economica.info ou Human Village, un 'network citoyen' qui veut mettre 'l'imagination au service de la planète', voire des périodiques comme Néoplanète et Néosapiens diffusés à la fois en version web et imprimée.
L'esprit 'boutique'

Cependant la principale dynamique de ce réseau ne repose pas seulement sur l'information. Les auteurs de 'post' et d'articles plus argumentés nourrissent souvent des ambitions commerciales. Beaucoup de blogs hébergent donc un espace boutique plus ou moins bien achalandé. La plus belle réussite, sur ce créneau, est sans doute le 'le blog vert' Neomansland
www.neomansland.org. Alimenté en infos depuis près de deux ans par les bons soins de son webmaster principal, Dimitri Boulze, le site a remporté récemment le titre de meilleur blog Développement Durable lors de la coupe de l'info 2008. Une consécration pour ce jeune ingénieur biochimiste de 28 ans, ancien consultant, et son ancien condisciple de l'INSA de Toulouse, Quentin Jeandel, d'un an son aîné. Aujourd'hui, reconnus pour l'étendue et le sérieux de leur travail de veille environnementale -

avec un fort tropisme sur l'éco-design lié à l'expérience de Dimitri 'dans l'ameublement, sur le projet EcoPLaire et les meubles vosgiens' - les duettistes expliquent leur succès par une ligne éditoriale simple : 'des objets séduisants avant d'être écolo'. Une conviction qu'ils partagent d'ailleurs avec Ana Goalabré, adepte du 'slow design' et créatrice du blog-boutique 'bientôt demain'
blog.bientotdemain.com.

Forts de l'audience de leur site - 15000 visiteurs par mois environ - les pionniers du Neomansland sont parvenus à financer un salaire grâce à l'activité de leur librairie en ligne et de la boutique ouverte récemment. Son catalogue, encore modeste, comprend surtout des articles de mode et de décoration, contrairement à la librairie dont les références couvrent tout le champ du développement durable. Les deux compères ne sont évidemment pas seuls à miser sur le commerce en ligne de produits éco-conçus, un segment de marché où, pour l'heure, l'offre se limite à la mode, avec les accessoires et les vêtements, la déco, les fournitures de bureau, les produits d'hygiène et de beauté et un peu d'alimentation...Du léger donc, sans électronique ni encore moins de meubles ! Mise de fond et logistique obligent!
Priorité à la déco
Conscients des lacunes de leur catalogue, nos 'buzzynessmen' ne ménagent pas leurs efforts pour aiguiller les lecteurs vers les sites des designers et éditeurs, souvent anglo-saxons, qui, eux, proposent des meubles innovants à la vente. Sur ce créneau, en effet, le web marchand hexagonal reste à la traîne. Si l'on écarte la société landaise DESIGN ECO qui commercialise des meubles contemporains en bois exotique importés d'Indonésie - et dont la démarche environnementale reste à démontrer - et les adeptes du carton, jamais en peine d'inspiration, comme Orika
www.mobilier-orika.com, Carton Design
www.carton-design.fr ou Kiki Carton
www.kikicarton.com, la majorité des créateurs et designers qui revendiquent une démarche d'écodesign privilégient le style 'récup', sur le thème du recyclage. Dans ce registre, on peut visiter Reversible ou le réseau des boutiques Ateliers Art Gens
www.artgens.net/, très tourné sur le textile et la mode ou l'agence Art Terre
www.agenceartterre.com qui se veut 'une artère éthique entre créateurs et professionnels' plus ouvert à la déco.

Mais la palme de l'originalité revient, sans aucun doute, à l'atelier D-ZI-D, de Mathieu Raymond, un designer-sculpteur tarnais qui exerce sur le net à l'enseigne du cochon, animal dans lequel, comme chacun sait, rien ne se jette. Le bric à brac qu'il a voulu 'Dédier à une Zone Insolite de Découverte', vaut surtout pour ses luminaires déjantés, applique-bidon et autre lampe cylindroïde... Plus chic, le réseau des boutiques Alter Mundi, est finalement le seul à s'aventurer sur le terrain du mobilier mais seulement dans le registre ethnique et équitable. Au final, un peu étourdi par l'activisme des éco-geeks, on ne peut que regretter leur penchant un peu trop prononcé pour l'accessoire - de mode ou de déco. Sans doute faudra-t-il compter avec leur engagement pour promouvoir l'éco-conception dans l'habitat. A condition de ne pas laisser se galvauder cette approche exigeante à travers la promotion d'un 'éco-design' de circonstance.
Evènements
Ecodesign Bois Bourgogne repart en campagne
Forts du succès de leur première manifestation, les organisateurs ont présenté, début 2008, leur nouvelle série de réalisations éco-conçues avec un staff renouvelé.
Portée par le succès de la première édition, Eco Design Bois Bourgogne, a trouvé sa place dans le calendrier des événements nationaux de la filière ameublement.
Confirmant cette ambition, c'est au salon 'Meuble Paris', organisé du 24 au 28 que l'exposition des réalisations de la sélection 2007-2008 janvier 2008 a pris son essor après son lancement officiel le 9 janvier à l'hôtel de Région de Dijon. Cette année, onze designers et neuf entreprises ont répondu à l'appel conjoint de la filière Bois de Bourgogne, de la région et de l'Ademe, pour promouvoir l'éco-conception dans ce secteur clé de l'économie régionale. À côté des tandems déjà rompus à l'exercice, et en quelque sorte 'titulaires', comme Bruno Houssin et la société Roblot-Noël, Phillipe Riehling et l'ébéniste Patrick Brézé ou encore Cécile Planchais et Topos Environnement, l'exposition s'est enrichie de nouvelles signatures.
Celle de François Azambourg qui a créé deux chaises avec Patrick Brézé et un cadre avec Frédéric Richard des 'Cadres Gault'. La lyonnaise Maud Leduff fait également son entrée, avec la société Simire, spécialiste du mobilier de collectivités. Nouveaux venus également, deux duos de designers, réunissant, d'une part, Ariane Epstein et Jean-Sébastien Lagrange associés au fabricant de sièges Eurosit et, d'autre part, Sophie Larger et Martine Harlé, qui ont joué la carte du minéral avec la société Tendance Pierre, spécialiste de la pierre de Bourgogne. De l'ensemble de meubles au simple luminaire, de la collection complète à la pièce unique, ces dix réalisations de styles et d'inspirations très différents couvrent un large spectre. Elles déclinent, chacune à sa façon, les différents critères de l'éco-conception. Entre traçabilité, durabilité et économie de matériaux et d'énergie, les équipes de designers et de fabricants impliqués montrent avec brio que ces nouvelles 'contraintes', loin de brider la créativité ouvrent de belles perspectives au confort et à l'habitat. Continuant son périple annuel, cette galerie de prototypes et son stand éco-conçus sont d'ores et déjà annoncés comme l'animation vedette du Salon de l'Habitat à Dijon, du 29 février au 3 mars 2008.
Le VIA met l'éco-conception au programme du nouveau salon
Meuble Paris
Né de la fusion des Salon du Meuble et Planète Meuble, Meuble Paris est depuis janvier 2008, l'unique rendez-vous parisien de toute la filière meuble... Et le meilleur tremplin pour ses ambitions environnementales.
Inscrit en début d'année dans le calendrier des manifestations européennes, cette nouvelle formule qui s'est tenue du 24 au 28 janvier au Bourget a bénéficié, grâce au couplage avec le salon MAISON&OBJET, de l'attractivité de toutes les nouveautés du secteur Meuble et Décoration. L'UNIFA (Union Nationale des Industries Françaises de l'Ameublement) approuve cette démarche. Pour Henri Griffon, son Président, 'cette nouvelle manifestation (...) répond parfaitement aux aspirations des industriels français de l'ameublement pour développer à Paris un rendez-vous à vocation internationale, créatif et dynamique en synergie avec l'ensemble des métiers de la Maison. » Sa principale tête chercheuse, le VIA (Valorisation de l'innovation dans l'ameublement) a d'ailleurs voulu en tirer, d'emblée, le meilleur parti, avec un stand et des initiatives très remarquées.
Avec l'exposition «Interface (s)», le VIA a donné carte blanche au designer Jean-Louis Fréchin pour mettre en scène ses objets interactifs issus des technologies numériques. En réponse à cette plongée dans l'immatériel, les autres initiatives incitaient plutôt à questionner notre rapport à la matérialité. Sur le mode de l'interpellation, avec les projets de la galerie 2008 Eco Design Bois Bourgogne ou du débat, avec les témoignages des intervenants de la Conférence intitulée 'Développement durable, source de création et de nouveaux marchés', l'équilibre entre ressources et matériaux aura finalement été le principal fil conducteur de l'événement.
Ce mot d'ordre, la sélection des Aides à Projet VIA 2008 avait à coeur de le souligner également. Pour la première fois cette année, le destin des objets et leur impact sur notre environnement ont été pris en compte dans le choix des projets. Pari tenu puisque tous les designers sont parvenus à traduire cette dimension environnementale bien au-delà du minimalisme qu'ils affichent par ailleurs.
L'étagère Infinity, de Samuel Accoceberry et la bibliothèque 'Rambler Rose' (Rosier grimpant) de Thorsten Franck mettent, par exemple, l'accent sur le démontage et le recyclage sélectif. Avec Mostapha El Oulhani, Jérôme Garzon et Fred Sionis et leurs alvéoles en terre cuite «Fossile» ou encore le tabouret de particules compressées d'Adrien Rovero, c'est la simplicité extrême des composants qui est à l'honneur. Quant aux projets 'Pull Over' de Bina Baitel, 'Lamp malep' signé Gabriel Dufour et Samuel Prigent ou '3L' d'Antoine Fritsch, ils montrent que toute surconsommation d'énergie est désormais un critère discriminant pour le design des luminaires.
'Matière à cultiver', des créations qui prêtent à rêver
Au moment où il affichait l'ambition environnementale de la filière ameublement au Salon Meuble Paris, le VIA inaugurait sa nouvelle exposition dédiée aux applications les plus innovantes des nouveaux agro-matériaux.
Dans la continuité de leur partenariat autour de l'Innovathèque, l'Institut Technonologique FCBA (ex. CTBA) et le VIA (Valorisation de l'Innovation dans l'Ameublement) se sont associés pour offrir, jusqu'au 16 mars 2008, deux expositions sur un thème commun : 'Matières à cultiver'. Les deux expositions, traitées en parallèle, proposent ainsi un parcours original à partir de visions complémentaires entre matière et produit, entre créativité et savoir-faire.
Chacune, à sa manière, ouvre le champ des possibilités en matière d'utilisation des matériaux renouvelables : bois, multiplis, fibres composites d'origine végétale... Directement motivée par le souci de l'environnement et du développement durable et la vogue actuelle pour les démarches qui s'en revendiquent, cette initiative marque d'abord la volonté de valoriser les innovations les plus prometteuses sur le plan créatif, technique et industriel, bien loin des projets anecdotiques basés sur le principe du recyclage. Si le matériau bois, rarement contournable dans l'ameublement, et surtout paré de nombreuses vertus environnementales - recyclage, renouvelable, stockage de carbone - se taille la part belle, c'est plutôt sous l'angle futuriste des nouvelles technologies de formage ou d'assemblage, comme les composites bois-polymères extrudables ou injectables, voire les textiles à base de bois.
Pour Gérard Laizé, directeur général du VIA, les contributions du bois au développement des biopolymères suscite notre enthousiasme parce que justement, 'elles conférent à ce matériau naturel des qualités surnaturelles'. Mais ces applications imaginées par les ingénieurs ne sont pas tout. 'L'avenir du bois composite reste à écrire à condition que des designers l'accompagnent de leur créativité.' Les nombreux autres matériaux exposés, textiles, mousses et autres fibres, suffisent à nous convaincre que nous devrons compter sur le monde végétal, et l'agriculture donc, pour inspirer les laboratoires industriels et les bureaux d'études des fabricants portés sur l'éco-conception. À découvrir leurs qualités techniques et leur mise en forme, on sent bien que le rotin, le bambou, le liège, bref toutes les variantes de la cellulose, sont en train de perdre un peu de leur typicité. Si l'exotisme s'estompe, à la vue et à l'usage de ces nouveaux objets, la nature garde néanmoins ses droits et, grâce au design, la technologie nous transporte plus sereinement vers l'avenir.
Contact : VIA
Exposition ouverte tous les jours :
(entrée libre) lun.-ven. 10h/13h -14h/18h
samedi / dimanche 13h - 18h
via.presse@mobilier.com - tél. 01 46 28 11 11
INNOVATHEQUE - Institut Technologique FCBA
Pôle Ameublement
10 avenue de st Mandé - 75012 Paris
www.innovathequectba.com
(entrée libre) lun. - jeu de 10h - 12h / 14h à 18h
et ven. - 10h - 12h
Tél: 01 40 19 48 94 - info-innovatheque@fcba.fr
Le funéraire se met au vert
Les thèmes de l'écologie et le développement durable gagnent tous les secteurs d'activité. Ils étaient à l'honneur du onzième salon de l'art funéraire où les cercueils écologiques lancés récemment sur le marché ont suscité l'attention des professionnels.
Le marché du funéraire pèse lourd. Chaque année, près de 540 000 de nos concitoyens passent de vie à trépas. Ce qui représente autant de cercueils car, même en cas de crémation, la législation, en France, impose son usage. Sur ce marché où la tradition prend tout son sens, l'usage du bois est de rigueur. Le chêne, le sapin et le hêtre sont les essences les plus courantes mais les fabricants proposent aussi des bois exotiques comme l'acajou.
Dans tous les cas, cependant, sa fabrication doit satisfaire aux exigences légales, à savoir, un coffrage en bois de 18 à 22 mm d'épaisseur, suivant la distance de transport, ou dans un matériau agréé par le Ministre de la santé, associé à une garniture biodégradable et évidemment combustible, en cas de crémation.
Pour obligatoires, ces précautions n'en apparaissent pas pour autant suffisantes au regard de l'évolution des rites funéraires et des préoccupations environnementales.
Un rapport du Sénat sur 'les effets des métaux lourds sur l'environnement et la santé 'publié en 2001 avait déjà mis l'accent sur les rejets polluants liés aux crémations'.
S'opérant à 900° environ, la combustion des corps et des cercueils génère des poussières et des gaz de combustion liés aux matériaux utilisés. S'y ajoutent parfois même des rejets de mercure dus à la présence de ce métal dans le corps du défunt. Ces rejets peuvent être en partie réduits grâce au passage dans une chambre de post-combustion
Effort de normalisation

Malgré cela, de plus en plus d'Etats et de collectivités ont été conduits à encadrer ces risques. Au Danemark, les cercueils ne doivent pas être vernis ; en Italie, les décorations sont systématiquement retirées. Dans certaines régions d'Allemagne, on s'assure que les corps ne sont pas revêtus de tissu synthétique. En Suisse, ils sont passés au détecteur de métaux, puis, le cas échéant, dirigés vers des fours adaptés...
En France, également, les pratiques commencent à évoluer en fonction de critères environnementaux sous l'action conjointe des collectivités, des professionnels et désormais des familles. Pour leur part, les professionnels se sont efforcés de normaliser la fabrication des cercueils selon les exigences de la législation française en vigueur, pour assurer un niveau d'hygiène et de sécurité sanitaire satisfaisant, tant pour la manutention, le transport que pour l'exhumation ou la crémation. Résultat de leurs travaux, la norme NF D 80001 fixe notamment des exigences de biodégradabilité en terre, dans sa partie 2 et, dans sa partie 3, des exigences sur les matériaux vis à vis des impacts environnementaux durant la crémation.
Un facteur d'innovation

La montée de ces préoccupations incite aussi certains fabricants à renouveler leur offre de produits. Les fabricants de cercueils au dernier salon de l'art funéraire organisé au Bourget du 15 au 17 novembre 2007 se sont ainsi distingués en mettant l'accent sur la dimension environnementale.
Pour Bernard Carignant, directeur commercial de la société Simo, cette préoccupation répond à une véritable attente. 'Nous sommes à l'écoute des familles', précise-t-il, et 'comme sur les autres marchés on entend beaucoup parler d'écologie et de développement durable'.
Pour répondre à cette demande, sa société a lancé un modèle de cercueil dont la fabrication satisfait à quatre critères environnementaux. D'abord, l'utilisation de bois certifié PEFC qui garantit qu'il est issu de forêts durablement gérées...Ensuite celle de coton non traité, pour les capitons, et non plus de polyester synthétique. Enfin, l'emploi de vernis sans solvants, pour les finitions et le remplacement du métal par le bois pour les ornements. Résultat : des produits très sobres et plus respectueux de l'environnement.
Autres pays, autres rites. Nos voisins belges, britanniques et suisses n'hésitent plus à opter pour les cercueils fabriqués à partir de cartons ou d'autres fibres cellulosiques. À la dimension écologique, certains fabricants n'hésitent pas ajouter l'originalité comme la société britannique 'ecopod', avec ses cercueils en papier recyclé aux lignes de 'sarcophage amérindiens'. En France où même l'utilisation de modèles classiques en carton reste très marginale, les rares fabricants de cercueil en carton ne sont pas encore prêts à de telles audaces. Pour promouvoir leurs produits, ils comptent d'abord sur le développement de la crémation dans notre pays. Avec seulement 30% des familles qui choisissent cette pratique, contre 90% dans les pays scandinaves, leur marché est appelé à se renouveler.